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Boissonneau

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Boissonnault

Encyclopédie

La Traversée

Début mai, Vincent attend son départ

Vincent attendait son tour, qui vint dans les premiers jours de mai. Les pluies et les vents retardèrent le départ des deux trois-mâts qui balançaient leur masse fatiguée dans la rade. Huit compagnies de plus de cinquante hommes s'étaient partagé « La Paix » et « l'Aigle d'Or ».

À Vincent, on avait fait les honneurs d'une ancienne flûte marchande dont les flancs bombés annonçaient un estomac insatiable. Vincent n'avait tout d'abord pas voulu croire que quatre compagnies puissent y loger. Mais le commissaire prouva que si. On y ajouta même quantité de munitions de guerre et de bouche, des voiles de rechange, une vingtaine de marins, leurs effets et ceux des soldats, de la nourriture en farine, en biscuits, des tonneaux d'eau douce et de vin, des cochons, des poules et quoi encore.

Dans l'entre-deux-ponts, les soldats ne pouvaient se mouvoir qu'avec peine. Et seulement en cas de stricte nécessité. Pas question d'utiliser le hamac pour la nuit. Il fallait dormir sur le plancher malgré les turbulences du mauvais temps.

Les sabords ouverts laissaient pénétrer des filets de fraîcheur avalés par les chanceux que le hasard avait installés tout près. Autour d'énormes marmites, des cuisiniers en sueurs s'occupaient à produire des odeurs de ragoût qui se mêlaient à celles, plus âcres, de goudron généreusement badigeonné lors du dernier radoub.

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