La Traversée
L'Aigle d'Or, un navire d’escorte
« L'Aigle d'Or » accompagnait tant bien que mal la flûte royale dans laquelle voyageait Vincent. Plus lourd d'une centaine de tonneaux, le navire ne payait pas de mine : vieux, rongé par les vers, facilement sujet à des voies d'eau (un simple colmatage ne pouvait suffire, il fallait alors doubler la coque). « L'Aigle d'Or » aurait dû plutôt servir de brûlot dans un ultime combat naval. D'ailleurs tous ceux qui s'y connaissaient étaient d'avis que le Sieur de Villepars méritait pas mal mieux que d'être capitaine d'une telle minasse.
Les côtes de Terre-Neuve sont en vue
Avec Juillet, apparurent les côtes de Terre-Neuve. Par beau temps, la mer se parsemait de coquilles blanches. De petites chaloupes où cinq hommes s'employaient à tirer les fils à hameçon de leurs lignes à morues. En une navette incessante, des charois glissaient d'une coquille à l'autre. La cueillette terminée, les voiles disparaissaient au fond des anses au flanc des Terre-neuviers.
Déjà la saison de pêche s'achevait. À la fin du mois, les Terre-neuviers qui n'auraient pas atteint leur pleine mesure de boisseaux, prendraient le cap de la Gaspésie. La pêche y était bonne jusqu'en Septembre. Quand aux équipages plus chanceux, ils hisseraient leurs voiles.
Gonflées de vent d'Ouest, elles ne mettraient qu'une vingtaine de jours pour atteindre les ports français de l'Atlantique, ou bien Marseille. Morues vertes, salées et gluantes pour les régions du nord; morues séchées comme des crêpes pour le chaud climat de la Méditerranée.
Dans leur cage, coincés les uns contre les autres, les militaires tendaient l'oreille aux cris de joie et aux salutations qu'échangeaient pêcheurs, marins et officiers. Quelques jours plus tard, ce fût la côte gaspésienne : l'Île Bonaventure et le petit havre de Percé avec son énorme rocher deux fois ouvert à sa base, refuge des cormorans et des goélands bleus.
Capsule audio liée : La traversée de Vincent